Notre souhait

Discours prononcé lors de la soirée d'inauguration au Théâtre de l'Oeuvre le 15 décembre 2014.

Bonsoir à toutes et à tous,

Une école de Théâtre, c'est un lieu de passage. Des générations s'y croisent pour ensuite se retrouver plus tard au gré des caprices de ce métier, pour se dire : "Tu te souviens chez Dullin, chez Tania Balachova ? Tu te souviens, chez Louis Seignier, chez René Simon, chez Dussane ? Chez Jouvet ?"

Aujourd'hui ce que nous voulons créer, c'est un de ces endroits, dont certains pourront dire plus tard : "Tu te souviens ?" Un Foyer, en somme.

Le Foyer. Étymologiquement, le foyer c'est le lieu ou brûle le feu. Nous brûlons tous ici du même feu. Au Théâtre, le Foyer s'appelait autrefois le chauffoir. C'est le lieu ou les comédiens se réunissent avant d'entrer en scène, pour partager leur trac, pour le dissiper ensemble. En optique, le foyer est un point de convergence des rayons lumineux, un peu comme cette lumière qui part des projecteurs au dessus de nous. Un foyer c'est un âtre ou brûle les passions, et cependant elles sont protégées dans un même logis. Un foyer c'est le toit au dessus de nous pour abriter nos recherches. Pour nous ce sera au Théâtre Trévise, grâce à Pascal Martinet, à partir du 5 janvier.

Dire d'un comédien qu'il poursuit sa formation c'est tout naturel, puisqu'il est en formation à vie. Jouer la comédie ce n'est pas difficile, c'est impossible. Et bien souvent, comme on oublie que c'est impossible, on le fait. Ce que nous souhaitons créer avec cette école, c'est un lieu de passage, de rendez vous, une plateforme ouverte aux débutants comme aux professionnels, pour partager nos impressions, nos doutes et nos découvertes quant au mystère impénétrable du Théâtre que nous aimons tant. Il n'y aura pas de cursus, pas de formation sur trois ans ou plus ou moins, car parfois la tortue arrive la première, et les rythmes des âmes ne sont pas réglés sur le même tempo.

L'inscription se fera au mois, et tous seront mélangés dans une recherche commune. Nous tenons à ce que l'échange et la transmission soit faite uniquement par des grands professionnels qui exercent leur métier. C'est ce qui justifie la présence des grands comédiens qui nous ont fait cette grâce d'être avec nous ce soir. Ils participeront en venant donner une master class ou en faisant travailler les élèves.

La transmission, c'est le théâtre, c'est le nôtre, celui d'aujourd'hui, grâce à celui d'hier, il nous appartient car on nous l'a légué et offert. Il n'y aura pas de dogmes. Les règles du théâtre sont en évolution constante, et échappent précisément lorsqu'on croit les tenir.

Il y aura du doute fertile, et de la mise en confiance, de l'accompagnement dans la recherche. Nos doutes communs seront nos richesses. Il y aura du théâtre classique et contemporain, et du théâtre en anglais pour ceux qui le souhaitent. Il y aura aussi une formation à la mise en scène, car le comédien n'est pas un simple outil. Il doit être son premier metteur en scène, et appréhender l'espace de façon intelligente pour faire aboutir une scène. Le corps dans l'espace, l'utilisation de cet espace vide qui est notre prison et notre ciel, sera une priorité.

Enfin, nous nous efforcerons de libérer les vocations par un jardinage vigilant et soigneux. Nous vous souhaitons donc à tous, une belle soirée, et surtout, une belle vocation.